À 8 ans, Noémie se tord de douleur, frissonne, vomit, a du sang dans ses urines …
Les examens ne donnent rien. Jusqu’au moment où l’on découvre que sa propre mère provoque ces symptômes.
Un cas de perversion qui porte un nom : le syndrome de Münchhausen par procuration.

La Revue Cerveau & Psycho vient de publier un excellent article très pédagogique sur ce sujet peu connu
et pour lequel le diagnostic est difficile à poser. Je vous invite à le découvrir.

Bonne lecture !

Extrait

Le syndrome de Münchhausen par procuration désigne l’envie extrême de certaines personnes de gagner la compassion des médecins, de sorte qu’elles sont prêtes à rendre malade un proche, souvent leur enfant, pour attirer leur attention. Comment font-elles ?

Trois façons ont été identifiées. Soit les patients souffrant de ce syndrome inventent les symptômes ; il s’agit alors de fausses allégations. Soit elles les simulent, par exemple en falsifiant les examens médicaux pratiqués sur leur enfant. Soit elles provoquent directement les symptômes sur le corps de l’enfant, en l’étouffant, en lui faisant ingérer des médicaments ou des substances toxiques… Aussi ce syndrome est-il une forme de maltraitance envers l’enfant, singulière et complexe, qui recouvre tant les champs pédiatrique, psychiatrique que sociojuridique.

Les symptômes de l’enfant victime sont alors très variés, de sept types : neurologiques, avec des troubles de la conscience, de l’équilibre, des convulsions, des crises d’épilepsie provoquées par exemple par une pression des sinus carotidiens ; cardiorespiratoires, comme des malaises dues à des étouffements ; hématologiques, par exemple si l’adulte utilise des colorants pour simuler une hémorragie ou ajoute de son propre sang dans les urines ou les selles de l’enfant ; digestifs, comme des vomissements, diarrhées, constipations… qui peuvent être dus à l’ingestion de laxatifs ou à un régime alimentaire inadapté ; métaboliques, par exemple des hypoglycémies causées par injection d’insuline ; cutanés, comme des éruptions provoquées par l’application de substances caustiques ; infectieux, avec de la fièvre ou des états septicémiques si l’adulte fait avaler à l’enfant de la salive, voire des matières fécales…

Le diagnostic du syndrome de Münchhausen par procuration est difficile à poser, car il est souvent compliqué de trouver des preuves de la maltraitance parentale. Souvent, l’adulte responsable, dans la grande majorité des cas la mère, est très présent, notamment lors des hospitalisations, sait se faire apprécier du personnel soignant et maîtrise le discours médical.

En 1987, la pédiatre américaine Donna Andrea Rosenberg a proposé quatre critères d’aide au diagnostic : la maladie de l’enfant est produite ou simulée par un parent ; ce dernier consulte fréquemment des médecins afin d’obtenir la réalisation d’examens complémentaires et la prescription de traitements ; l’adulte nie connaître la cause des symptômes ; et ceux-ci régressent quand l’enfant est séparé du parent responsable.

En 1994, Judith Libow et Herbert Schreier, de l’hôpital pour enfants Oakland, en Californie, ont décrit trois profils de mère souffrant du syndrome de Münchhausen par procuration, en tenant compte de la gravité et de la fréquence des comportements de falsification, de leur attitude envers les médecins et de l’âge des enfants concernés.

Les HELP SEEKERS ou demandeuses d’aide

Ce sont des mères anxieuses, voire déprimées, en difficulté dans leur rôle de parent. Elles falsifient les données médicales ou provoquent des symptômes chez leur enfant pour le faire hospitaliser et être déchargées de leur responsabilité. Souvent, elles n’ont pas désiré leur grossesse. Ces mères ne nient pas les faits et acceptent facilement d’être aidées psychologiquement.

Les ACTIVE INDUCERS ou provocatrices actives

Les mères maltraitantes provoquent chez leur enfant des symptômes souvent spectaculaires, par exemple des intoxications, suffocations… Ce qui aboutit parfois à des morts subites du nourrisson. En général, elles sont calmes, voire indifférentes, face au danger encouru par leur enfant, et se montrent très coopératives avec les médecins, en participant aux soins avec un grand dévouement. Ces mamans sont aussi très critiques vis-à-vis des soins proposés par les médecins et peuvent réclamer des examens invasifs, parfois dangereux, pour leur enfant. Lors du diagnostic, elles nient la plupart du temps leur implication et refusent toute psychothérapie.

Les DOCTOR ADDICTS ou accro au personnel médical

Ce sont des mères obsédées par un seul et unique objectif : obtenir un traitement médical pour une maladie qui n’existe pas. Convaincues de la réalité de la pathologie de leur enfant, elles entrent systématiquement en conflit avec les équipes médicales. En revanche, leur relation avec leur enfant est presque symbiotique, et, dans ce cas, le jeune est souvent en dépression ou atteint d’une maladie psychosomatique. Les mères dénigrent en bloc leurs actes de maltraitance, incapables de reconnaître les faits tant leur distorsion de la réalité est importante.