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Corinne Chantegrelet | Gestalt praticienne | La Bachellerie (Dordogne)

20 01 2021 | Au fil de l'OH !, Gestalt

Le chemin le plus long, ou que faut-il attendre d’une psychothérapie ?

Entreprendre une thérapie est un chemin vers soi. Plus ou moins long. Plus ou moins simple. Pourtant, il est parfois difficile d’expliquer en quoi consiste ce chemin, quelle forme il peut prendre, et comment on chemine avec un thérapeute.

Une collègue gestaltiste a publié récemment ce texte d’Alice Miller sur FB. Il donne une définition très juste de la psychothérapie. Je le reprends ici pour vous en faire profiter, et y pose mon regard. Merci à Francine Baraban de ce partage.

N’ayez pas peur, c’est un peu long (comme le chemin qu’on parcourt), mais ça se lit comme une gourmandise savoureuse enrichissante (comme la thérapie).

Combien de fois ?

Combien de fois, dans mon cabinet, ai-je entendu cette petite voix inquiète derrière la première demande : « Combien de temps ça va prendre ? », « Est-ce qu’on va régler ça vite ? », « Donnez-moi une solution, un conseil, quelque chose pour que ça s’arrête » 

C’est si humain de vouloir aller vite, et puis la société nous invite à aller vite … tout, tout de suite ! C’est si humain de chercher la promesse d’une réparation rapide quand la souffrance est là depuis des mois, des années, ou parfois même depuis toujours. On aimerait un mode d’emploi, une durée garantie, une fin claire à l’histoire.

Et cependant, la thérapie — et particulièrement l’approche Gestalt — ne fonctionne pas comme une ordonnance. On ne défait pas en quelques semaines ce qui s’est tissé petit à petit au fil d’une vie. Il n’y a pas de baguette magique, pas de délai standard. Il y a juste un rythme, le vôtre, et un espace pour accueillir ce qui a été mis de côté trop longtemps.

C’est exactement ce qu’Alice Miller nous rappelle avec une justesse bouleversante dans le texte qui suit. Elle ne parle pas de « guérison express », mais de ce « chemin le plus long » : celui qui mène enfin à soi. Ses mots, écrits il y a vingt ans, sont une réponse bien plus profonde que n’importe quel conseil que je pourrais vous donner.

Prenez le temps de les lire. Je vous retrouve après !

Le chemin le plus long

Texte d’Alice Miller

Au cours de mon existence, aucun chemin n’a été aussi long à suivre que celui qui m’a menée à moi-même. Je ne sais pas si je suis une exception, ou si d’autres sont aussi passés par là.

Certainement, certains y échappent, car il y a heureusement des personnes qui ont eu la chance d’être pleinement acceptées par leurs parents depuis leur naissance pour ce qu’elles étaient, avec leurs sentiments et leurs besoins. Elles y ont eu accès dès le départ, il ne leur a pas fallu les refouler.

Ce que j’ai vécu moi, c’est que toute une vie m’a été nécessaire pour que je m’autorise enfin à être comme je suis et à entendre ce que ma vérité intérieure me dit de façon de moins en moins cryptée, sans attendre une autorisation de l’extérieur.

On me demande régulièrement ce qu’est pour moi une thérapie réussie.
Une thérapie est réussie dans la mesure où elle contribue à raccourcir le long chemin qui mène à se libérer des anciennes stratégies d’adaptation et à apprendre à faire confiance à son propre ressenti.

Nombreux sont ceux pour qui ce chemin reste barré, parce que l’accès en a été interdit dès le début. La peur devient alors dure comme du ciment… et chacun sait qu’il est difficile de ramener du ciment à l’état liquide.

Cependant, si je ne suis plus une énigme pour moi-même, je peux laisser de l’espace à mes sentiments, parce que je les comprends et qu’ils ne me font plus autant peur.

Le chemin qui mène à soi-même se prolonge sur toute la vie. Il ne s’arrête pas avec la fin d’une thérapie.

Mais on peut attendre d’une thérapie réussie qu’elle aide à découvrir ses propres besoins véritables, à les prendre en compte et à apprendre à les satisfaire.

Après une thérapie, on devrait être capable de satisfaire ses propres besoins d’une manière qui corresponde à soi, sans nuire à personne.

Les restes d’une éducation précoce ne disparaissent pas toujours complètement, mais ils peuvent être transformés de manière consciente, créative et constructive.

Et le thérapeute peut offrir cet espace s’il a lui-même fait ce chemin. Alors, ni lui ni son patient n’ont plus besoin de béquilles.

Alice Miller (1923-2010) était une psychologue et philosophe suisse d’origine polonaise, mondialement connue pour ses travaux pionniers sur les traumatismes de l’enfance et leurs répercussions à l’âge adulte. Elle a révolutionné la compréhension des dynamiques familiales toxiques en dénonçant, dès les années 1980, le déni social de la souffrance infantile et l’impact dévastateur de l’éducation noire sur la construction du soi.

Et voilà !

Après ces lignes d’Alice Miller, peut-être que la question « combien de temps ça va prendre ? » résonne-t-elle différemment. Ce n’est plus une course contre la montre, mais l’acceptation d’un rythme unique : le vôtre.

Ce qu’Alice Miller décrit avec une telle lucidité, c’est exactement ce que nous tentons de faciliter, ensemble, dans l’espace thérapeutique : ce retour vers soi, parfois laborieux, souvent émouvant. En Gestalt, nous ne cherchons pas à « réparer » une pièce cassée (d’ailleurs, vous n’êtes pas cassé·e), mais à accompagner ce mouvement de fluidification dont elle parle. Nous sommes là pour aider à faire fondre ce « ciment » de la peur, petit à petit, séance après séance, afin que vous puissiez à nouveau entendre votre propre musique intérieure.

Le thérapeute n’est pas un guide qui connaît la destination à votre place. Je ne suis pas un guide. Je suis plutôt un compagnon de route qui veille à ce que vous trouviez votre chemin chemin, jusqu’à ce que vous n’ayez plus besoin.

Alors, ne cherchez pas la fin du trajet dès le premier pas. Faites-vous confiance. Votre rythme est le bon, et chaque instant vécu en conscience est une pierre posée sur ce chemin qui vous mène, enfin, à vous-même.

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