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Corinne Chantegrelet | Gestalt praticienne | La Bachellerie (Dordogne)

24 02 2021 | Psycho[patho]

Le syndrome de la gentille fille

Aujourd’hui, je vous propose de parler du « syndrome de la gentille fille ».

Sur la base d’un article de Psychologue.net et que j’ai trouvé intéressant, c’est un thème qui arrive très souvent en thérapie : la difficulté à prendre sa place et vivre sa vie, par respect, par loyauté, pour ne pas « être méchante ». S’oublier soi pour préserver les autres, surtout si ces « autres » sont les parents, la famille. 

Cette difficulté a des ramifications dans les autres sphères de la vie : familiale, amicale, mais aussi professionnelle. Elle génère anxiété, culpabilisation, dévalorisation, voire mise en échec ou sabordage.

Peut-être connaissez-vous des femmes ou des hommes qui vivent et fondent leurs choix en fonction des autres. En fonction de ce qu’ils imaginent que les autres vont penser. En fonction de comment ils imaginent que l’autre va les juger. Même si bien souvent, leur plus féroce juge est … eux-mêmes.

Pour obtenir l’approbation, ces personnes mettent en place des comportements accommodants, elles s’ajustent, voire se sur-ajustent. Elles essayent de s’adapter au mieux aux demandes externes, surtout à celles émanant de la famille. Ces demandes peuvent exister et être formulées dans le présent, mais elles peuvent également avoir existé à un moment donné dans leur histoire familiale et être toujours « actives » aujourd’hui.

Pour répondre à ces demandes externes, à ces injonctions — injonctions parfois devenues introjets — elles vont tendre vers l’éclipse de leurs propres besoins ou désirs. Parfois même, elles ne seront plus à même de les identifier.

Elles arrivent en thérapie avec des phrases comme :

  • « Je ne sais plus de quoi j’ai envie »
  • « Je n’ai envie de rien »
  • « Ce que je veux n’a pas d’importance »

Ces personnes donneront plus de valeur aux besoins des autres qu’aux leurs. Sentez-vous comment ce mécanisme vient impacter l’estime de soi ?

Une spirale s’instaure : la recherche de l’approbation, la validation de leurs choix, au risque d’y perdre leur liberté.

Parce que ce sont souvent des femmes — mais certains hommes sont également concernés — ce mécanisme prend le nom de « syndrome de la gentille fille » 

Deux émotions dominantes

Habituellement, pour la personne concernée par cette dynamique, il y a deux émotions dominantes.

L’anxiété

Une émotion qui monte lorsque l’autre personne semble fermée, qu’elle boude ou qu’on la sent s’éloigner. Cela peut être lors d’une critique, d’une remarque, d’une remontrance, d’un désaccord d’un parent, mais également lors d’une dispute dans le couple, d’une remontrance d’un hiérarchique…

L’anxiété s’accompagne souvent de questionnements tels que : « Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? »

La réponse qui suit est souvent autocritique :

  • « Peut-être que je n’ai pas passé assez de temps avec lui / elle ? »
  • « Peut-être que je n’ai pas accordé d’importance à… ? »
  • « Peut-être que je ne suis pas assez bien pour… ? »
  • « Peut-être que j’aurais dû faire plus ? »

Plus complexe encore, l’anxiété est aussi liée à la frustration, souvent inconsciente, d’agir en fonction d’autrui et non de soi. Comme si chacun tirait sur une corde pour faire pencher la balance en sa faveur.

Cette lutte interne peut mener à des crises de panique et renforcer la tentation de se couper encore plus de ses ressentis et de ses besoins pour satisfaire ceux de l’autre.

Le sentiment de culpabilité

Il apparaît lorsque la personne ose, un jour, presque par hasard :

  • se donner plus d’espace
  • prendre sa place
  • exprimer un besoin
  • ou simplement affirmer un désaccord.

D’un côté, il y a la petite voix qui argumente les raisons de nos choix. De l’autre, une voix jugeante :

  • « Tu es égoïste »
  • « Tu es indifférente »
  • « Tu déçois »
  • « Tu n’es pas une gentille fille »

À votre avis … quelle voix l’emporte ?
Le besoin réel de la personne ou la peur de décevoir l’autre ?

Parce que, oui, à force de vouloir être une « gentille fille » — ou simplement quelqu’un de gentil — on finit parfois par devenir dur avec soi-même : s’oublier, se taire, se plier… jusqu’à ne plus savoir ce que l’on veut vraiment.

Et si prendre sa place n’était pas être égoïste … mais simplement arrêter de se trahir ?

Et si apprendre à s’écouter, à se respecter, à prendre sa place ne faisait pas de nous quelqu’un de mauvais ou de mal-aimable … mais simplement quelqu’un de vivant ?